Dictées 2006

 

Finale départementale

Le revers de la ville

De plus en plus, nos villages et villes se vident de leurs populations. Celles-ci se déversent tous les jours dans les centres urbains, lesquels manquent cruellement d'infrastructures d'accueil pour les citadins. Partis de la campagne, hommes, femmes et enfants ont vite fait de déchanter. Dès que le miroir aux alouettes se brise, ils se rendent à l'évidence que le jeu n'en valait vraiment pas la chandelle.
(CM et 6e)
Contraints à la survie, les nouveaux venus sont parfois obligés de se lancer dans toutes sortes d'activités totalement contraires à l'éthique : prostitution, banditisme, escroquerie... D'autres par contre, par dépit, se livrent à des activités commerciales : vente à la criée ou ambulante. Seulement, le maigre salaire n'est toujours pas à mesure de compenser leurs efforts afin de joindre les deux bouts.
(5e et 4e)
Dès le chant du coq vogue la galère. Dans les bitumes défoncés et crevassés des artères aux quatre coins de la ville se joue au quotidien une pièce de théâtre dramatico-comique. Les acteurs de cette pièce se recrutant parmi les fous déambulant tout nus, les pousseurs de marchandises et des adolescents chargés de victuailles. Des motos-taxis et des automobilistes se disputant à l'envi la voie publique, des piétons soliloques chassés des trottoirs par des étals et des kiosques.
C'est ainsi que des familles tout entières s'entassent dans des quartiers insalubres, véritables gourbis de malaria où règnent la promiscuité, la misère et moult maladies. Pourtant, les riches et fertiles terres de nos villages et campagnes n'attendent que des bras forts pour les développer.
(Seniors amateurs et professionnels)

Auteurs : les membres du Jury International

Dictée d'appoint

D'aire en aire, les candidats de La Dictée d'Afrique se sont succédé. Certains d'entre eux, nés il y a quelque douze ans, sont considérés comme de petits génies.
(CM et 6e)
Leur leitmotiv est fort simple : éviter les attrape-nigauds dont les textes sont truffés et démontrer que la dictée n'est guère un exercice rébarbatif pour tous les francophiles.
(5e et 4e)
D'une voix de stentor, un ludothécaire au visage juvénile, faisait claquer les mots à un rythme progressif.
(Seniors amateurs et professionnels)

Auteur : Josué Bona-Ekobo



Finale nationale

Tranches de vie

Au fil des ans, il s'était assagi en s'appropriant les enseignements puisés à la source des contes que les Anciens restituaient, le soir, sous l'arbre à palabres, là-bas au village, qu'il quitta fortuitement pour « l'école des Blancs ».

Le spectacle à la fois désopilant et désolant des enfants qui grappillaient quelques sous de généreux bienfaiteurs, à la sortie de son pied-à-terre, sis au cœur de la capitale, rendait ses souvenirs encore plus vivaces.
En effet, il aura échappé, à la faveur du destin, au sort de ces enfants désœuvrés et abandonnés à la rue.
(Pupilles)

S'emmitouflant dans son boubou amidonné à l'excès, avec ses allures de dignitaire bedonnant, il ne pouvait s'empêcher de refaire le film de sa vie, des hauts et des bas, psalmodiant, à son habitude, quelques paroles inaudibles à la grâce de Dieu.
(Cadets)

Notre bonhomme, sous son air candide, avait jadis l'esprit d'un fêtard, métamorphosé au contact de la métropole. Telle une libellule, il avait la bougeotte, allant ci et là, se délectant des multiples plaisirs et opportunités de la vie. Il avait aujourd'hui la certitude d'être parmi les élus du Seigneur, sans que rien ne l'y prédisposât.
(Seniors amateurs et professionnels)

Auteur : Mactar SILLA

Dictée d'appoint

Allume-cigares et amuse-gueule, hors-d'œuvre variés et jacuzzi font désormais partie de l'univers du maître de céans.
(Pupilles)
L'anxiolytique ayant été relégué aux oubliettes, il avait l'esprit léger et libéré, le cœur soulagé et joyeux.
(Cadets)
Les vives brûlures d'estomac apaisées et la lointaine sensation de déshydratation, lors des sécheresses d'antan n'en rendaient sa nouvelle vie que plus idyllique.
(Seniors amateurs et professionnels)

Auteur : Mactar SILLA



Finale internationale, 15 avril 2006, Centre Culturel Français de Cotonou, Bénin

Vive les vacances

Les vacances s'annoncent pour lui comme une promesse d'évasion. Il n'a cessé de caresser le rêve de s'éloigner de tout, de tout abandonner derrière lui. À commencer par sa petite maison dont les murs de torchis l'indiffèrent et dans laquelle aucun mur n'est d'équerre.
Il se prépare ainsi à faire des adieux à sa petite ville traversée par un labyrinthe de ruelles tortueuses et envahie, dès les premiers feux de l'aurore, par une foule d'enfants déguenillés quêtant la charité de maison en maison.
(Pupilles : CM et 6e)
Quel avenir donc pour cette bande de mouflets qui ont appris de bonne heure à zigzaguer à travers les multiples écueils de la vie, le malheur en bandoulière ?
(Cadets : 5e et 4e)
Ces enfants, à en croire les on-dit, sont marqués à jamais par un sévère kwashiorkor qui a ébranlé la ville il n'y a guère longtemps. Ce sont, en tout cas, de vrais chenapans avec leur taille de myrmidon. Ils s'amusent, en effet, à crever les tympans des staccatos tirés de leurs écuelles ainsi frappées à un rythme régulier.
(Seniors amateurs et professionnels)

Auteur : Jérôme CARLOS (Bénin)

Dictée d'appoint

C'est sûr, il n'est pas né avec des fafiots plein les poches. Mais il tient à ses vacances comme la prunelle de ses yeux.
(Pupilles)
Pour rien au monde, il ne laissera derrière lui les plantes mellifères de son jardin.
(Cadets)
Il n'oubliera pas d'emporter ses deux fromages favoris : l'emmenthal et le banon de sarriette. Il compte, en effet, une fois à destination, se faire servir, chaque jour, des muffins avec des infusions bien chaudes.
(Seniors amateurs et professionnels)

Auteur : Jérôme CARLOS (Bénin)